Discours sur les temps IV

« Ben, j’ai fait comme la plupart des gens, je me suis résigné. Je doutais, mais je crois que je suis finalement assez lâche pour ne pas aller jusqu’au bout de moi-même. Vous savez, ce petit chatouillement qui vient lorsqu’il faudrait faire quelque chose… et qu’on détourne le regard. Je vais finir dans la médiocrité, c’est notoire, mais ni miséreux ni pauvre pour autant ! Simplement dans cette médiocrité féconde qui fait finalement toute la richesse et la tranquillité de notre époque. Il est clair que la société actuelle ne demande rien de plus aux gens que d’être médiocre, elle les sert bien, alors pourquoi chercher davantage ? Lorsque je vois ces gens des autres pays se battre ou même rêver pour vivre comme nous, je me dis qu’entre médiocre nous seront enfin tous frères ! J’espère… j’espère simplement que cette situation durera le plus longtemps possible. Qui sait, c’est peut-être ça le véritable bonheur… Et tu sais, grâce à cette médiocrité, je peux facilement parler avec n’importe qui, ou presque, c’est pas comme ceux qui regardent, qui font, à essayer de sonder l’abîme… Je ne suis pas seul, même si c’est faux, et je peux m’amuser de rien. Je peux aller innocemment dans n’importe quel bar de la ville ou événement sans réel importance pour quoi que ce soit, et y trouver mon compte. En plus, je serai toujours accueillis les bras ouverts parce que sans histoire, une personne tout à fait anonyme tu vois ? Qui est là seulement parce qu’elle est présente, et qui ne va rien changer à ce qui se passe, allant même jusqu’à enfoncer le clou du statut quo. Ma vie est si tranquille que je me rends même plus compte que j’ai les mêmes pensées depuis ma sortie de la fac, que je ne fais que répéter les mêmes choses, oubliant peut-être une à deux choses en route… Je me rends même plus compte de ça, et redécouvre à chaque fois la magie de ces choses tout à fait banales… Et le plus terrifiant sans doute, c’est que je les partage avec d’autres. Vous savez, il y en a des millions comme moi… etc. etc. »